Dans ma quête du vélo idéal, j’ai dégotté un très beau vélo de route bleu ; il est beau comme un camion avec sa peinture légèrement dégradée. Il est à la bonne taille : ça fait du bien de rouler avec un cadre qui ne soit pas trop petit. En revanche, le guidon est plus large de quelques centimètres et la différence est sensible ; en effet, moins il est large, plus le pilotage est stable quand on lâche une main. Par ailleurs, l’épaisse guidoline augmente fortement le diamètre du tube et je trouve que mes pauvres pouces sont trop écartelés (je préfère la fine guidoline de tissu ancienne.)
La selle Rolls de San Marco est superbe. Et ce n’est pas que de l’apparence car elle sait se faire oublier malgré sa fermeté. Elle glisse un peu, je n’ai pas encore dû trouver la position idéale. Les freins Shimano RSX à double pivot sont redoutables d’efficacité, c’est fort appréciable en ville.
Question pignonnerie, je suis un perdu. Pour rouler en ville, une cassette arrière de 7 vitesses me paraît superflue ; d’autant plus que les nombres de dents se suivent : 14, 15, 16, 17, 18, 19, 22. Certes, le fait de ne pas avoir un levier de vitesse indexé change la donne. Mais avec mon Mercier orange et ses 5 vitesses, je suis parfaitement heureux (14, 16, 19, 23, 27). Bien entendu, je ne peux pas ajuster mon rapport à la dent près mais je bénéficie d’une plus grande amplitude pour un plateau donné.
Et je termine par le plus important (last but not least comme on dit en anglais) : le cadre. Cadre et fourche sont en tube Columbus. J’imagine qu’ils ne sont pas renforcés (double butted) car sinon ce serait précisé. Si bien que le cadre est très souple : quand je pédale le boîtier de pédalier ballotte de droite à gauche en rythme, de temps en temps la chaîne décide alors de frotter sur le dérailleurs (et pourtant, avec “mes cannes de serin” dixit ma mère, je ne peux pas dire que je sois une brute) ; et puis la fourche recule quand je freine, mais ça n’a guère d’importance. C’est pourquoi c’est un vélo très agréable sur route désagréable ! Il gomme, absorbe les irrégularités.
Mais bon…
Cependant mon idéal reste le cadre Reynolds 531 de la fourche aux haubans arrières : raide comme il faut mais souple en bout de fourche et au niveau des hauban. C’est ce qui fait le confort au roulement. J’ai bien vu des vélo avec juste les trois tubes principaux du cadre en 531, c’est une vaste blague car ça permet d’afficher Reynolds sans pour autant mettre les tubes les plus chers à fabriquer que sont les tubes de fourche et de haubans (dont la section va en diminuant). OK, j’exagère un peu, cela donne quand même un triangle en très bon acier.
Il faut dire que dans les années 70, on faisait des vélos adaptés aux routes de l’époque, qui étaient surement moins régulières que maintenant. On n’arrête pas le progrès ! Si bien que de nos jours, le critère de route irrégulière pour les vélos n’est plus pris en compte. On cherche à tout prix à faire des vélos le plus rigide possible. C’est pour cette raison que les fourches sont devenues droites et que les sections des tubes ont tellement augmenté.
Ah, mais mon bon monsieur, tout est une affaire de choix, de compromis ! Et bien moi je fais le choix de vieux vélos pour mon confort, car je ne roule pas pour faire des bornes à vélo mais pour me déplacer quotidiennement. Je ne dis pas que les gens ont tort de rouler avec les vélos actuels. C’est juste que ce sont les produits actuels et tout le monde n’a pas forcément l’occasion d’essayer autant de vélo pour réaliser cela.
